Comment j'ai créé...
Ma petite Maison d'Édition
J’ouvre ici une série autour de la thématique “Construire à partir de zéro et avec rien”. Elle m’a accompagnée tout au long de ma vie d’adulte et ce n’est pas fini.
Je suis une créative, c’est à dire que quand j’ai une idée qui me plaît, elle devient un projet. Je me mets donc en marche et j’essaye d’aller le plus loin possible. Et aujourd’hui, je te raconte comment est née Plume en Herbe, une maisonnette d’édition jeunesse. Elle a vécu de 2009 à 2014.
Le contexte
En 2006, je suis une mère de trois jeunes enfants et j’aime leur inventer des histoires. Au fil du temps j’en imprime quelques unes et je les envoie dans des maisons d’édition jeunesse.
LITO me répond tout de suite et en édite une. S’ensuit une collaboration sur plusieurs années. J’écris pour des albums collectifs mais on me confie aussi une petite collection de courts romans sur les poneys. Toutefois je suis insatisfaite. J’ai envie d’écrire autre chose sans être tenue par un format éditorial.
Mais surtout j’ai envie de créer mes propres livres. De les porter au-devant des lecteurs, des enfants. Surtout ceux qui n’aiment pas lire.
Le point de départ
Il est proche du néant.
Je n’ai pas d’argent
Je n’y connais RIEN à la chaîne du livre et encore moins à sa fabrication
J’ai une copine qui dessine mais ce n’est pas une illustratrice. Elle ne maîtrise donc pas les contraintes techniques de ce métier.
J’ai une vague idée d’album pédagogique autour d’un ourson cuisiner nommé Bouboule
Premier essai: je fais un découpage du texte et ma copine réalise des croquis. J’essaye de bidouiller un truc sur Word (!) puis je file au centre de reprographie du coin…
-Vous avez un chemin de fer?
C’est là que je réalise que je veux faire de l’alpinisme en tongs.
Je ne suis pas prête.
Je n’y connais rien.
Mon entourage hausse les épaules ou les sourcils selon le degré d’empathie. Rien n’est fluide. Et sans argent, je ne peux pas déléguer.
Je laisse tomber, dépitée mais consciente de mes faiblesses. Nous sommes en 2008.
Le facteur sonne toujours deux fois
2009 - Ma mère me tend une enveloppe.
-Tiens, c’est pour ton projet.
Elle a vendu un terrain et me finance. Il y a 6000 €, de quoi démarrer.
J’ai tiré les leçons du passé. Je vais apprendre ce dont j’ai besoin. Et là, tout s’enchaîne. Un cousin maquettiste propose son aide, m’explique comment utiliser In Design pour les fameux Bon À Tirer. Je parle de mon aventure éditoriale sur Facebook et j’y rencontre une merveilleuse illustratrice. Elle accepte de travailler sur mon premier texte, un roman court et poétique.
Mon cousin le met en page.
Je crée un site boutique en ligne et une page Facebook dédiée. Je trouve une imprimerie numérique. Je me renseigne sur les mentions légales, les formalités de dépôt légal, l’inscription sur DILICOM, le réseau des libraires.
Je crée mon statut d’auto-entrepreneur.
Et vient le jour où 300 exemplaires du “Garçon dans les nuages” campent dans le couloir.
Il faut vendre
La boutique en ligne
les salons
les dédicaces
les librairies
les bibliothèques, les écoles
J’ai utilisé Facebook pour promouvoir ma boutique en ligne et trouver les salons. J’allais sur les pages des auteurs et je notais les lieux de dédicaces. Il y avait beaucoup de petits salons locaux et les magasins Cultura.
J’ai décroché mon téléphone. Appris à me présenter, à me vendre. J’ai démarché les libraires, d’abord celui du quartier puis de ma ville puis du département et enfin partout où je passais.
J’étais tenace.
Les bibliothèques et les écoles sont venues grâce aux salons et au soutien de certains libraires.
La croissance
J’ai rapidement sorti d’autres titres, certains avec des auteurs différents. En trois ans j’avais un catalogue de vingt titres, trois collections, un stand de salon bien fourni, un agenda rempli.
Je vendais bien. Il était rare de faire une mauvaise journée.
J’ai pris un diffuseur pour élargir ma surface de vente.
J’ai pris un TPE pour les paiements.
Je suis passée en EURL.
Les TOP
Les premiers succès avec le Garçon dans les nuages
La collaboration avec la Mairie de Versailles pour L’École des Pères Noël
Le Prix des Écoles de la ville de Montigny-Le-Bretonneux pour Le château de Millepertuis
La collaboration de plusieurs années avec l’école de l’Ermitage à Maison-Alfort pour L’École des Pères Noël
les amitiés nouées pendant ces années
Les FLOP
Ce salon aux portes de la Lorraine où il n’y avait personne
Mon tout premier salon, trois exemplaires de vendus
Le diffuseur que j’ai quitté rapidement
Le passage en EURL qui a plombé les charges
Mon erreur principale
Un mauvais rapport à l’argent m’empêchait de vendre mes livres au juste prix. Or la fabrication était coûteuse. Au fil du temps, je suis devenue déficitaire malgré de bonnes ventes. Et la petite taille de ma structure m’empêchait de me développer.
Le clap de fin
C’est en rentrant du salon du livre du Mans que j’ai décidé d’arrêter.
La journée avait été bonne. J’avais bien vendu. Mais le feu sacré n’était plus là. Mes enfants avaient grandi, or ils étaient ma source d’inspiration. C’était terminé. Je n’avais plus envie d’écrire ni de porter le travail des autres.
En outre, Hachette me demandait de changer d’enseigne car le nom Plume en Herbe lui appartenait. C’était un signe clair.
J’ai donc honoré mes derniers salons et et en 2015, j’ai clôturé Plume en Herbe.
Le bilan - Ce que j’y ai appris
Maîtriser la mise en page professionnelle
vendre aussi bien en ligne qu’en présentiel
communiquer sur les réseaux sociaux
gérer la logistique
écrire
Et par-dessus tout, avoir confiance. En la vie, en ses rêves et en soi! Nos capacités sont souvent sous-estimées, voire insoupçonnées. On se laisse bloquer par la peur, on étouffe l’envie. Et si ça changeait?


👍 J'adore ta phrase "C'est là que je réalise que je veux faire de l'alpinisme en tongs."
J’ai pas mal appris de ton expérience. On me demande souvent où on peut acheter mes carnets de voyage. Sauf que je n’y connais rien et que je n’ai pas le réseau qu’il faut. Et souvent, pour les salons du carnet, il faut avoir publié (et avoir des trucs à vendre pour rentabiliser le déplacement et le stand).
Tu me donnes envie de me repencher sur le sujet.